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mardi 10 avril 2012

Lieux de cultes évangéliques inadaptés ou insalubres : un problème à prendre en compte d'urgence

Locaux artisanaux à la périphérie de Rennes abritant des Eglises majoritairement africaines
(kimbanguiste et évangéliques), hiver 2010 - Photos : 
©  B. Boutter
 Une brève note pour m'associer à la douleur des proches des victimes du drame de Stains survenu dimanche 08 avril dernier lors du culte pascal d'une Eglise évangélique fréquentée principalement par des fidèles haïtiens. L'effondrement du plancher du local situé au premier étage d'un pavillon de cette commune de Seine-Saint-Denis où se trouvaient alors, semble-t-il, environ cent cinquante personnes a entraîné la mort d'une petite fille (NB : ainsi que celle d'une femme de 47 ans ayant succombé à ses blessures deux jours plus tard) et fait plusieurs dizaines de blessés, dont certains grièvement.

Comme le soulignent la plupart des commentaires journalistiques, cet évènement met en lumière - de façon tragique, malheureusement - la grande difficulté qu'ont certaines communautés évangéliques, notamment celles issues de l"immigration africaine et caribéenne, à trouver, dans les grandes villes de France, des lieux de culte décents susceptibles d'abriter une assistance souvent en croissance rapide. Exemple type de cet "évangélisme des caves" (pour reprendre l'expression usitée par Sébastien Fath sur son blog) : j'ai assisté début 2010 au culte dominical d'une Eglise majoritairement africaine sur l'agglomération nantaise dont les quelques deux cents fidèles avaient dû quitter un endroit devenu vraiment trop petit pour se réunir finalement, en plein hiver, dans des bureaux en location. Ces locaux exigus constituaient le seul espace chauffé et éclairé au sein d'un immense entrepôt sinistre et glacial d'un quartier périphérique (la disposition des lieux obligeant de plus le pasteur à officier près de l'entrée vers laquelle convergeaient les regards des deux moitiés de l'assistance séparées par un mur central)... Alors, plutôt que de pointer du doigt ces Eglises ou de fermer d'éventuels lieux de culte ne répondant pas aux normes de sécurité (au risque de pousser certaines communautés vers une précarité encore plus grande), il y a urgence, du côté des municipalités, à trouver des solutions à ce problème pour éviter que d'autres drames comme celui de Stains ne se produisent ici ou là.

Addendum du 11/04/2012 : pour une analyse approfondie sur cette difficile question, je ne saurais trop conseiller la note publiée par le géographe Fréderic Dejean, auteur d'une thèse remarquable consacrée à ces Eglises dans la région parisienne et à Montréal (déjà signalée sur ce blog).

dimanche 1 avril 2012

"Kony 2012" : l'analyse de Pressenza (International Press Agency)

 Pour ceux qui n'en auraient pas encore entendu parler, une vidéo incitant à la capture de Joseph Kony*, un chef rebelle ougandais visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale Internationale pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'Humanité", a été à l'origine d'un énorme "buzz" récemment sur Internet. Cette vidéo "virale", réalisée par une ONG américaine, Invisible Children, a été visionnée par plus de 100 millions d'Internautes à travers le monde en à peine trois semaines. Rapidement cependant, des critiques plus ou moins virulentes ont été adressées à l'ONG en question et à son principal responsable, Jason Russell, quant au contenu de la vidéo, aux méthodes employées ou aux éventuelles motivations sous-jacentes. L'article dont je poste le lien ci-dessous est paru le 21 mars dernier sur Pressenza, site en ligne d'une agence de presse internationale cherchant à promouvoir la paix et la non-violence (site que j'ai découvert à cette occasion), sous la plume de Davide Schmid. Intitulé "Kony 2012 : un masque révolutionnaire pour un contenu réactionnaire", il présente l'intérêt d'aborder la question en soulignant l'appartenance d'Invisible Children à la mouvance protestante évangélique, ce qui n'est peut-être pas sans implication, selon l'auteur de l'article, quant à l'action de cette ONG dans le cadre de la diffusion de cette vidéo :

http://www.pressenza.com/npermalink/kony-2012x-un-masque-revolutionnaire-pour-un-contenu-reactionnaire

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* Joseph Kony, prophète autoproclamé, est, depuis la fin des années 1980, à la tête d'un mouvement armé se revendiquant du christianisme : l'Armée de Résistance du Seigneur (Lord's Resistance Army - LRA). Prenant le relais du "mouvement du Saint-Esprit" d'Alice Auma (plus connue sous le nom d'Alice Lakwena) dans sa lutte contre le gouvernement ougandais, après que la prophétesse acholie eut été contrainte de fuir, en 1987, au Kenya, la LRA de Joseph Kony, dont le but était d'instaurer une théocratie en Ouganda, s'aliéna très vite tout soutien populaire par ses terribles exactions : viols, rapines, meutres, mutilations et autres atrocités. Joseph Kony et la LRA sont aussi responsables de l'enlèvement de milliers de jeunes Ougandais : les garçons destinés à devenir des enfants soldats et les jeunes filles, des esclaves sexuelles (à ce propos, voir par exemple ici).


jeudi 16 février 2012

La BM du Seigneur : retour sur le film de Jean-Charles Hue



Pour ce qui concerne le cinéma, 2011 restera pour moi l'année où le pentecôtisme a trouvé droit de cité sur les écrans français,et qui plus est, de belle manière, grâce à deux films marquants de jeunes réalisateurs de talent. Enthousiasmé par l'intelligence du propos et de la mise en scène dans Jimmy Rivière (voir ici), je reviens aujourd'hui sur la BM du Seigneur de Jean-Charles Hue; film que je viens tout juste de visionner et que j'ai trouvé tout aussi fort et réussi que celui de Teddy Lussi-Modeste, dans un style très différent.

 Jean-Charles  Hue
Jean-Charles Hue
Teddy Lussi-Modeste


  











Evoquer ensemble, en miroir, ces deux oeuvres permet de mettre à jour leur complémentarité pour ce qui concerne leur façon d'aborder et de retranscrire le phénomène pentecôtiste en milieu sinté (pour Jimmy Rivière) ou yéniche (pour La BM du Seigneur). Rappelons, déjà, que Jimmy Rivière est une oeuvre de fiction, romanesque et, par moment, lyrique, alors que La BM du Seigneur est une docu-fiction, s'inscrivant dans la continuité  d'une série de documentaires réalisés par Jean-Charles Hue au sein de cette communauté de Voyageurs de la région de Beauvais, qui met en scène un épisode de la vie de Frédéric Dorkel, dit "Fred", lequel joue ici, comme tous les autres protagonistes du film, son propre rôle. D'où la différence formelle entre d'un côté une mise en images que certains pourraient juger un peu trop "lisse", un  peu trop "propre", dans le premier cas, et un parti-pris plus réaliste, voire naturaliste, pour le film de Jean-Charles Hue. Dans la BM du Seigneur, en effet, la caméra, très mobile, au plus près des acteurs souvent, nous entraîne au milieu des terrains vagues et des campements de caravanes plus ou moins décrépies. Elle nous invite au coeur des relations paisibles ou rugueuses qu'entretiennent les membres de ces familles, de cette communauté, donnant  au spectateur l'impression d'être une présence invisible, un témoin silencieux de tous ces instants intimes et collectifs qui tissent le quotidien des protagonistes.

lundi 6 février 2012

Les “Noirs de France”, les oubliés de l’histoire officielle (entretien avec Pascal Blanchard publié dans Télérama)

Hier, dimanche 5 février, à 22 h, France 5 diffusait le premier volet de la passionnante série documentaire réalisée par Juan Gélas en collaboration avec l'historien Pascal Blanchard : "Noirs de France". Cette première partie intitulée "1889-1940 : le temps des pionniers" (rediffusion vendredi 17 février à 0:13) sera suivie, dimanche 12/02/2012, de "1940-1974 : le temps des migrations", puis, d'un troisième volet : "De 1975 à nos jours" une semaine plus tard (à 22h). Ces trois parties peuvent être actuellement visionnées en ligne ici, sur le site de France 5.

Saluons ce remarquable travail, dont la nécessité est parfaitement résumée par la conclusion de l'entretien mené avec Pascal Blanchard par Marc Belpois pour Télérama :

"Les Noirs ne sont pas des victimes permanentes, des hommes et des femmes constamment opprimés par l'homme blanc. Il faut tout remettre à plat, digérer notre histoire commune et réécrire notre grand récit national. C'est une entreprise essentielle, ne serait-ce que pour permettre à nos gosses noirs, à l'école, de s'identifier à des héros qui leur ressemblent. Chaque composante de la diversité a besoin que son histoire soit reconnue, pour ensuite se fondre dans la masse. Et devenir invisible."
Mais ce documentaire est également incontournable pour qui veut comprendre le contexte dans lequel des populations migrantes chrétiennes en provenance d'Afrique, des Caraïbes ou des DOM-TOM (Départements et Territoires Français d'Outrre-mer) ont été amenées à s'intégrer au sein d'Eglises hexagonales, et, pour certains Chrétiens protestants, à fonder dès la fin des années 1950 (1), mais surtout à partir des années 1980, leurs propres communautés religieuses (dont le nombre, difficilement quantifiable de façon précise, s'élève aujourd'hui à plusieurs centaines d'assemblées). Je me permets de renvoyer sur le sujet - en faisant un peu "d'auto-publicité" - à mon article publié dans l'ouvrage, La Nouvelle France Protestante (2010) : "Le protestantisme en France : un terreau d'accueil privilégié pour les migrants?" (pp. 300-313) qui aborde entre autres ce sujet des Chrétiens africains, caribéens et ultramarins qui modifient en profondeur, depuis quelques décennies, le visage du protestantisme hexagonal.

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1. 1959 : création de la FPMA - Fiangonana Protestanta Malagasy aty Andafy - Eglise Protestante des Malgaches à l'Etranger.

vendredi 6 janvier 2012

2012 : une année comme les autres? (Meilleurs Voeux!)

Bonne Année à tous les lecteurs de ce blog! 

Pech (Pic) de Bugarach, Aude (source wikipedia)


Que nous réserve 2012? Nul ne le sait. Certains chercheurs en sociologie religieuse qui, à la suite de Françoise Champion, s'intéressent à la "nébuleuse mystico-ésotérique" (1), devraient en tout cas être à la fête en cette année où par le biais d'Internet, ce nouvel espace d'expression des "prophètes" autoproclamés des temps modernes, on nous annonce, à grand coup de "buzz", rien moins que la "fin du monde".